ENSEIGNEMENT DES TIC AUX DEFICIENTS VISUELS



THEORIES DE L’ENSEIGNEMENT/APPRENTISSAGE AUX DEFICIENTS VISUELS

« Enseignement spécialisé du traitement de texte avec Word pour les élèves déficients visuels du secondaire: cas des élèves non-voyants » suite

 

Chapitre II : CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIE

 

Le présent chapitre porte l’attention sur le cadre théorique. Nous allons présenter les différents paradigmes utilisés dans notre démarche et la méthodologie du travail. Avant cela, il convient de définir les expressions clées de ce travail, démarche de tout chercheur, comme le dit David Émile Durkheim : « La première démarche (…) doit être de définir les choses dont il traite, afin que l’on sache et qu’il sache bien de quoi il est question » (1987 : 34). Ce volet va en effet, faciliter la compréhension des expressions et termes techniques pendant la lecture. Nous nous proposons donc de définir les expressions suivantes :

 

I- DEFINITION DES CONCEPTS CLES

Les termes et expressions suivants sont ceux que nous nous proposons de définir :

 

I-1 Expressions pédagogiques :

I-1-1) Pédagogie

Selon Winfried B-hm au colloque européen de Lilles, le mot « pedagogy » en anglais, malgré le fait qu’il soit peu utilisé, désigne les pratiques et les méthodes relatives à un certain apprentissage. C’est une théorie, une science de l’éducation. Ce terme désigne aussi un ensemble des qualités du pédagogue, c’est-à-dire celui qui sait enseigner, expliquer.

 

I-1-2) Education

Le mot éducation quant à lui désigne dans la pratique éducative, une réflexion théorique ou critique sur cette pratique. C’est ainsi q’on dira par exemple que l’éducation de cet enfant a été négligée. Avoir reçu une bonne éducation.

 

I-1-3) Enseignement spécialisé

L’enseignement renvoie à la transmission du savoir faire et du savoir être. Pour cela, il faut un émetteur et un récepteur. L’émetteur c’est l’enseignant et le récepteur l’apprenant. L’enseignement devient spécialisé lorsqu’il se consacre à un domaine déterminé d’activité, de connaissance. Autrement dit, l’enseignement spécialisé est l’ensemble des techniques et des méthodes adaptées à la transmission de savoir vis-à-vis d’une population dont le handicap est spécifique en son genre. Il s’agit ici d’une pédagogie adaptée aux non-voyants face au traitement de texte sur ordinateur afin que ces derniers aient l’accès au traitement de texte.

I-2 Expressions du domaine des TIC :

Technologie de l’information et de la communication.

I-2-1) Informatique adaptée :

L’informatique est une science du traitement automatique de l’information. L’Académie française a donné, en 1967, la définition suivante: « Science du traitement rationnel, notamment à l’aide de machines automatiques, de l’information, considérée comme le support de connaissances dans les domaines scientifique, économique et social ». Par contre, l’informatique adaptée n’est pas une science, mais un ensemble de méthodes, de moyens et d’aménagements permettant à une personne ayant un déficit visuel d’utiliser l’informatique. Il est d’ordre pédagogique, technique et spatio-temporel.

 

I-2-2) Traitement de texte adapté

Le Dictionnaire Universel définie le traitement de texte comme l’« Ensemble des opérations qui permettent de saisir, mettre en forme, modifier, stocker et imprimer des documents. C’est aussi le logiciel permettant d’effectuer ces opérations. » Le traitement de texte devient adapté lorsqu’il s’effectue à l’aide d’outils spécialisés notamment le logiciel de synthèse vocale Jaws.

 

I-2-3) Braille informatique :

Le braille, est défini par Caty CAVAILLES, enseignante spécialisée comme un « système de lecture et d’écriture conçu par un aveugle pour des aveugles, qui fait appel, par essence même, à un sens extrêmement développé chez eux, parfaitement adapté à leurs possibilités, le sens du toucher » (1999, p.24). Louis Braille en est l’auteur. A l’origine, le braille était composé de six points. Il a évolué et s’est adapté aux besoins de l’informatique avec le « braille huit points ».

 

I-2-4) Outils adaptés

I-2-5) Raccourci clavier :

Le raccourci clavier est une combinaison de touches ou touche qui permet d’écourter un chemin afin de se rendre rapidement à un endroit précis. C’est un mode d’utilisation du clavier de l’ordinateur très utile chez les déficients visuels, qui augmente leur capacité d’utilisation de l’ordinateur. Ces raccourcis clavier compensent la souris manuelle utilisée généralement par les clairvoyants.

 

I-2-8) Ordinateur :

C’est en 1955 que cette expression fut proposé par le professeur Jacques Perret, linguiste à la Sorbonne, qui devait traduire l’expression  » electronic data processing machine  » ou encore « Computer« , qui veut dire  » machine électronique de traitement des données » (www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-transitional.dtd« >, page consultée le 06 avril 2009. En 1967, l’Académie française définit l’ordinateur par  » Une machine automatique qui permet d’effectuer, dans le cadre de programmes de structure pré-établis, des ensembles d’opérations arithmétiques et logiques à des fins scientifiques, administratives ou comptables« .

 

I-2-7) Information :

Etymologiquement, il veut dire qu’un sujet, qui reçoit des données émises par un objet, traite ces dernières pour obtenir une certaine  » mise en forme  » de l’objet. Le sujet a pour cela cinq sens : la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût. L’information dans la vie courante est une action qui vise à donner connaissance d’un fait. C’est un renseignement sur quelqu’un ou quelque chose. Dans la discipline informatique, c’est un élément de connaissance, renseignement élémentaire susceptible d’être transmis et conservé grâce à un support et un code.

 

I-3 Expressions liées au Handicap

I-3-1) Handicap

D’après les Nations Unis, ce terme désigne « le désavantage résultant pour un individu d’une déficience ou d’une invalidité qui limite l’individu concerné dans l’exercice d’un rôle normal pour lui » (1983: 3). Dans le contexte de notre étude, la notion de « handicap » résulte des barrières liées à la vue qui empêchent les déficients visuels d’avoir accès à certaines tâches sur un ordinateur.

 

I-3-2) Déficience

Ce terme vient du mot latin deficiens qui signifie manquant. Il s’agit donc de quelque chose ou d’un être qui présente un manque ou qui ne peut arriver à atteindre le niveau désiré ou à réaliser l’action entreprise selon le vocabulaire de psychopédagogie et de psychiatrie de l’enfant, (Robert Lafon). « La déficience désigne une « insuffisance, une perte, ou une anomalie d’une structure ou d’une fonction psychologique, physiologique ou anatomique » (Nations Unies, 1983: 3). La déficience peut se situer à plusieurs niveaux à savoir : intellectuelle, physique, sensorielle. L’objet de notre recherche portera sur le handicap sensoriel à savoir la déficience visuelle.

 

I-3-3) Déficient visuel

Cette expression vient de deux mots composés: déficient qui veut dire manque et visuel qui vient de la vue. Ce groupe de mots parle soit de la cécité (qui est en fait le nom scientifique de la perte totale de vue et correspond à ce que l’on appelle vulgairement aveugle ; il semble démodé et péjoratif c’est ce qui explique l’usage de non-voyant), soit de l’amblyopie (se dit amblyope un mal voyant ou une personne dont la cécité partielle).

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le définit comme toute personne victime d’une cécité partielle ou totale qui l’empêche d’accomplir de façon autonome les exigences de son environnement social. Cette définition de l’OMS est quelque peu exagérée en ce sens qu’il rend un déficient visuel entièrement dépendant car ne pouvant rien accomplir de manière autonome. Nous pouvons redéfinir le déficient visuel comme toute personne victime d’une cécité totale ou partielle l’empêchant d’accomplir de façon autonome certaine exigences de son environnement social. Le handicap visuel empêche de remplir certaines exigences de la vie et non toutes les exigences de la vie sociale. Par exemple, pour admirer un être humain, un handicapé visuel n’a pas besoin de la vue. Depuis le timbre vocale de l’être concerné, il peut savoir de quel sexe il s’agit. L’oeil physique n’a rien à y voir. Il faut donc dégager la différence entre déficient visuel, non voyant et malvoyant.

La définition légale ou médicale affirme que « est aveugle toute personne dont la vision centrale du meilleur oeil après correction est égale ou inférieure à 1/20° de la normale. » La déficience limite dans certains domaines de la vue. Cet état rend l’individu invalide ou inaccessible à certaines pratiques. C’est aussi l’une des causes du déficit scolaire c’est-à-dire un ensemble d’acquisitions scolaires réduites qui empêche l’enfant d’atteindre le niveau scolaire requis pour son âge.

Notre thème va s’appesantir sur le cas des élèves déficients visuels à cécité totale appelé communément non-voyant ou aveugle dans le jargon camerounais. « Enseigner, c’est aussi faire voir ». Cependant, comment peut on rendre le non visuel en visuel absence du sens de la vue ? Au point de transformer cette approche en technique de transmission de connaissance ?

 

 

II- LES THEORIES CONTEMPORAINES SUR L’APPRENTISSAGE

 

De nos jours, les réflexions sur l’apprentissage se convergent vers un ensemble de données établies. Elles présentent les innovations et les limites des pratiques éducatives traditionnelles ou modernes. Cette étude nous a inspiré l’utilisation de trois approches théoriques scientifiques : la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura, la théorie de l’information selon Claude Shannon et le modèle d’apprentissage allostérique d’André Giordan.

 

II-1 Le modèle d’apprentissage allostérique d’André GIORDAN

 

Les théories de base pour l’apprentissage se sont limitées sur plusieurs aspects. C’est la raison pour laquelle la prise en compte permanente des nouveaux modèles pédagogiques est indispensable en fonction de leur efficacité. C’est ainsi que Giordan, en 1988, entreprend le développement, puis l’insertion du modèle d’apprentissage allostérique, qui signifie Allosteric Learning Model chez les anglo-saxons.

Dans cette théorie, Giordan insiste sur le fait que « l‘appropriation d’un savoir résulte d’une démarche de transformation de concepts où le principal acteur du processus est l’apprenant et lui seul. L’acquisition des connaissances procède d’une activité d’élaboration dans laquelle l’apprenant doit confronter les informations nouvelles et ses connaissances mobilisées, et où il doit produire de nouvelles significations plus aptes à répondre aux interrogations qu’il se pose« .

La perfection certes ne fait pas partie de ce modèle d’apprentissage. Mais ce modèle d’apprentissage a le mérite de circonscrire une problématique, d’expliciter les principales caractéristiques de l’acte d’apprentissage, de permettre des prévisions tout en fournissant des indications pratiques sur les environnements éducatifs ou médiatiques propres à faciliter l’acquisition des connaissances.

À travers ce qui vient d’être dit, on peut d’ailleurs comprend avec GIORDAN, que :

« les concepts, les méthodes de pensées ne s’acquièrent jamais par transmission directe d’un enseignant à un élève« .

Car, un programme scolaire achevé ne signifie pas forcement que l’apprenant a compris son contenu. La participation de l’enseigné est ici requise pour une meilleure transmission de connaissance. Tel n’est généralement pas le cas dans les collèges d’enseignement au niveau secondaire. En rapport avec notre étude, la situation est plus complexe. Dans nos établissements secondaires ordinaires fréquentés par les apprenants atteints de déficience visuelle, l’application quasi inexistante des méthodes pédagogiques adaptées à leur cas s’avère être un facteur de l’absence de participation. Ici, cette insuffisance se traduit le plus souvent par une administration des connaissances en sens unique. Il est efficient de joindre des méthodes pédagogiques appropriées pour faciliter l’assimilation des contenus. Gilles Ntebe Bomba (2008), ne nous contredit pas quand il énonce que « l’éducation s’instrumentalise par la pédagogie, c’est-à-dire se rend opératoire, visible par cette dernière qui s’emploie ou s’utilise dans tous les domaines de la vie ». Dans le cas du traitement de texte adapté aux élèves non-voyants, l’utilisation des méthodes pédagogiques pratiques, palpables serait meilleure en cas de perte de la vue afin de les faire découvrir par le toucher et l’audition les différents outils d’apprentissage utilisés pour la transmission de la leçon au cours.

A l’origine de toute transmission d’une notion par l’enseignant, l’apprenant, handicapé ou non, a déjà de prime abord, un concept personnel un ensemble de questions, d’idées, de vues qui lui permettent de décoder les informations, d’interpréter les données recueillies et en émettant de nouvelles connaissances. La structure ou représentation mentale de l’apprenant se réorganise chaque fois qu’il y a acquisition d’un nouveau concept. Cela est pareil pour un élève déficient visuel qui intègre les TIC dans un environnement d’apprentissage. Dans son esprit, il se fait une représentation de l’ordinateur, de ses périphériques, du texte saisi au clavier, etc. de cette représentation qu’il a avant la transmission de la leçon, naît une nouvelle représentation qui se fixe davantage dans l’esprit après la leçon pratique. « L’apprentissage ne peut donc être le résultat d’un simple processus de transmission, le plus souvent à sens unique maître-élève« . La participation de l’élève est capitale dans le processus enseignement/apprentissage. Il y a rejet de l’apprentissage à sens unique et adoption d’une méthode participative de l’élève qui est semblable à ce qu’on appelle aujourd’hui la Nouvelle Approche Pédagogique en abrégé NAP.

Le modèle d’apprentissage allostérique de Giordan nous fait donc comprendre qu’avant toute transmission de connaissance, l’enseignant doit laisser l’élève participé en donnant son point de vue sur la notion qui sera abordée. Il peut le faire faire des recherches à propos, et de dire ce qu’il pense de la leçon suivante. Cette participation directe de l’apprenant rend le cours facilement assimilable et compréhensif par l’élève tout en facilitant également la tâche du maître qui joue dorénavant le rôle de guide ou de facilitateur.

 

II-2 Théorie de l’information selon Claude SHANNON

La théorie de l’information de Claude SHANNON décrit la communication entre machines à travers un « schéma de Shannon» qui eut un rôle primordial en Sciences de l’information et de la communication. Le schéma est représenté comme suit :

Source —> émetteur—> message—> récepteur—> destinataire dans un contexte de bruit.

Ce schéma représente en quelque sorte le schéma informationnel et communicationnel qui existe dans le processus enseignement /apprentissage du traitement de texte à l’aide d’outils technologiques adaptés chez l’apprenant NV. La source semble être dans ce contexte les NTIC particulièrement l’ordinateur qui est le principal outil technologique de travail aussi bien chez les élèves valides que chez les invalides. Cette source (ordinateur et périphériques) sert à un émetteur à savoir l’apprenant à transmettre un message qui dans le cadre de l’étude est la transmission du traitement de texte. Le récepteur peut être considéré sous deux angles : d’une part, il est perçu comme le langage technique c’est à dire l’écran sonore encore appelé haut-parleurs ou baffles qui permet l’accessibilité des données à l’émetteur ; d’autre part, le récepteur est perçu comme l’apprenant qui le reçoit et assimile la notion de traitement de texte sous Word. Vu ainsi, il semble se confondre au destinataire.

Mais il faut noter que bien que ce schéma soit adéquat pour la communication entre machines où il s’assimile à une approche behaviouriste qui étudie les mécanismes psychiques à travers le comportement, considéré comme une réponse à l’environnement (ou aux stimuli). Ils mettent en relief la façon dont les individus s’adaptent à leur environnement. Il s’agit dans ce contexte, de l’adaptation de l’apprenant à l’utilisation de la machine. Il faut préciser que ce schéma de l’information selon SHANNON ne modélise qu’imparfaitement la communication humaine.

Cette théorie représente la situation communicationnelle interface Homme-machine, en d’autres termes les échanges existant entre l’apprenant déficient visuel et l’ordinateur pendant la transmission et l’apprentissage du traitement de texte. Cette théorie va nous permettre non seulement de mieux comprendre les différents systèmes de communication qui établissent une interaction parfaite entre l’utilisateur non ou malvoyant, mais aussi de saisir le comportement de ces derniers face à des opérations spécifique à effectuer en matière de traitement de texte avec Microsoft Word.

 

II-3 Théorie d’apprentissage selon Albert BANDURA

 

Contrairement au modèle allostérique, la théorie d’apprentissage d’Albert Bandura insiste sur l’observation, la connaissance de l’environnement d’apprentissage pour faciliter l’apprentissage chez l’apprenant.

Albert Bandura, l’un des plus célèbres psychologues américains, est au fondement du courant sociocognitiviste. Le noyau épistémologique de son œuvre place l’individu au cœur d’une triade d’interactions entre facteurs cognitifs, comportementaux et contextuels. Les sujets sociaux apparaissent ainsi à la fois comme les producteurs et les produits de leur environnement. Dans ce cadre théorique, les notions d’apprentissage social et d’auto-efficacité deviennent centrales. En désignant les croyances qu’un individu a dans ses propres capacités d’action, quelles que soient ses aptitudes objectives, elle pose le sentiment d’efficacité personnelle comme base de la motivation, de la persévérance et d’une grande partie des accomplissements humains.

Après avoir été initialement influencé par le courant béhavioriste, il s’en est radicalement détourné, en soulignant l’importance des facteurs cognitifs et sociaux dans ses recherches. On cherche donc tout particulièrement à rendre compte du rôle des influences sociales et de l’environnement dans les apprentissages.

II-3-1) La théorie de l’apprentissage social ou vicariant

Albert BANDURA invente le concept d’apprentissage vicariant dont nous tenons à souligner l’efficacité dans un système éducatif inclusif. Pour la plupart des théories de l’apprentissage comme pour l’observateur ordinaire, ce qu’on appelle apprentissage ne peut se faire qu’en accomplissant une action et en faisant l’expérience de ses conséquences.

Pas plus que REUCHLIN, BANDURA ne rejette cette évidence, mais il observe avec pertinence que cette vision très consensuelle ne recouvre pas toute la réalité de l’apprentissage. Pour lui, ces apprentissages par expérience directe surviennent en fait le plus souvent sur une base vicariante, c’est à dire en observant le comportement des autres et les conséquences qui en résultent pour eux. L’apprentissage vicariant facilite et incite à s’y investir si les conséquences observées sont positives.

Le fait de pouvoir apprendre par observation et par expérience rend en effet les individus capables d’acquérir des comportements ou des savoir-faire sans avoir à les élaborer graduellement par un processus d’essais et d’erreurs affirme BANDURA. Cette observation peut être dans le cadre de notre étude la maîtrise de l’environnement d’apprentissage par l’élève déficient visuel. Ayant perdu le sens majeur permettant l’usage de l’outil informatique, il se doit d’user des sens valides en tant que complémentarité afin de pallier au manque causé par la déficience visuelle. Les capacités d’observation et d’imitation chez l’enfant sont sources d’apprentissage et la génétique ne le contredit pas. Profiter de l’expérience des autres est une façon extrêmement courante d’apprendre. Nous pouvons tenir compte des réussites et des échecs de nos congénères pour ajuster nos comportements.

Le renforcement n’est pas alors directement applicable aux comportements de l’apprenant, mais à des comportements que celui-ci peut observer. C’est ce que les théoriciens de l’apprentissage social appellent l’apprentissage vicariant autrement dit la référence aux « modèles » pour la maîtrise de nouveaux comportements et à la stabilisation des comportements acquis. L’enseignement ne porte pas que sur les phases d’exercice explicite, mais aussi sur tout ce qui, dans la classe, les entoure. Tous les aspects de la situation pédagogique servent à l’enfant de période d’observation : les premières minutes d’une classe, tout ce que le professeur utilise pour amener une question, les éléments qu’il va mettre en exergue, etc. C’est sur cette base que l’élève va dégager les aspects pertinents de la situation, c’est à dire, comme dans toute situation d’apprentissage, sélectionner les éléments sur lesquels va ensuite porter l’apprentissage proprement dit.

Ce concept semble concerner d’une manière ou d’une autre les problèmes d’échec scolaire ou, pour être plus précis, celui de l’intégration scolaire, tant il est vrai l’accueil des enfants en difficulté apparaît plus facile et plus efficace dans les classes qui intègrent dans leur problématique éducative les perspectives offertes par l’apprentissage vicariant. Cette expérience vicariante vaut pour les adultes comme pour les enfants, dans le domaine professionnel comme dans le domaine scolaire. Il s’agit dans cette recherche de placer les élèves déficients visuels dans un environnement qui, de prime abord, n’est pas le leur. Puis, de pouvoir se rendre compte de toutes les facilités à eux offertes pour l’adaptation à ce nouveau environnement.

II-3-2) La perception d’auto-efficacité

Cette théorie est le prolongement de l’apprentissage vicariant c’est à dire l’opportunité de pouvoir observer un individu similaire à soi-même exécuter une activité donnée. Cette démarche constitue une source d’information importante qui influence la perception d’auto-efficacité. C’est dans ce sens que Robert Mager rejoint Bandura, en prescrivant l’imitation pour la réussite d’un apprenant et d’éviter l’ « ennui », l’ « inconfort physique », qui sont source d’échec.

La perception qu’a un individu de ses capacités à exécuter une activité influence et détermine son mode de penser, son niveau de motivation et son comportement. BANDURA prétend que les personnes cherchent à éviter les situations et les activités qu’elles perçoivent comme menaçantes, mais elles s’engagent à exécuter les activités qu’elles se sentent aptes à accomplir. L’apprenant non-voyant doit en matière de TICS, exécuter des tâches et opérations, selon qu’il a appris à le faire. Il doit maîtriser la description et la présentation de son matériel de travail à tel enseigne qu’il soit à mesure de le dire à un clairvoyant. Comme l’a dit Daniel Kengni, enseignant d’informatique spécialisée, « sans voir, on oublie très souvent que la terre est fertile pour l’aveugle d’imaginer ». La situation du handicap visuel, prive ces apprenants de la vue mais pas de toutes leurs facultés. Cette dimension théorique va donner l’occasion dans ce travail de comprendre les facteurs d’auto-efficacité chez l’apprenant déficient visuel. Nous allons, à partir de cette approche, détecter les comportements qui contribuent à la réussite des élèves déficients visuels et garantissent son autonomie parmi ses camarades clairvoyants.

La théorie de Bandura montre en fait que l’autonomie et l’efficacité sont un acquis lorsqu’un apprenant a réussi à s’adapter à son environnement. En d’autre terme, elle permet aux élèves de se sentir concerné par l’apprentissage.

 

 

III- METHODOLOGIE

 

Cette section porte sur la présentation de la méthodologie utilisée pour mener notre travail au cours de l’étude. Il dévoile aussi l’ensemble des instruments de recherche qui ont été utilisés pour obtenir les données d’enquête sur le terrain.

La méthodologie se définit comme « un ensemble de règles ou de voies à suivre pour atteindre un objectif donné ». Le Dictionnaire de l’enseignement en Afrique (1988) dit de la méthodologie qu’ « elle cherche à en mesurer l’efficacité, l’appropriation aux valeurs scientifiques comme la vérité, la conformité au réel (en ce qui concerne l’observation, la pertinence, l’usage, l’adéquation). La méthodologie cherche à analyser tous les effets secondaires, non explicites, d’une expérimentation et à mettre en évidence tous les biais susceptibles de surgir au détour de l’observation ou des observations».

En ce qui concerne notre champ de recherche, la méthodologie va consister dans cette section, à montrer de manière progressive, les voies et les moyens que nous avons utilisés pour mener nos enquêtes, collecter les informations nécessaires. Dans cette perspective, nous avons eu à faire à l’échantillonnage de la population de l’étude, les différents instruments de collecte des données notamment la pré-enquête, l’observation directe et les entretiens.


III-1 Population d’étude

La population, ou encore univers est l’ensemble d’unité statistique, c’est-à-dire l’ensemble des objets ou des personnes étudiées. C’est aussi la totalité des observations individuelles sur laquelle porte les inférences statistiques.

Notre étude porte sur des élèves, notamment les handicapés visuels non-voyants intégrés en milieu scolaire ordinaire, leurs camarades, leurs enseignants d’informatique et enfin les structures intégrants l’informatique adaptée. Selon l’OMS, le nombre des aveugles pourrait doubler d’ici à 2020. Au Cameroun, les enquêtes réalisées par le Comité National de Lutte contre la Cécité font état d’environ 640.

 

III-2 L’échantillon

L’échantillon est la partie de la population sur laquelle porte l’enquête lorsque la population et vaste et difficile à gérer en terme de temps et de coût. L’échantillon est donc un extrait de l’univers sur laquelle l’étude est faite. Ce qui nous permettra de connaître les caractéristiques de la totalité de la population appelées inférences.

Pour cette étude, notre échantillon s’élève à 25 répondants : soit 20 élèves DV et 5 enseignants d’informatique. Ils sont tous intégrés dans les établissements scolaires ordinaires de la ville de Yaoundé. Ces unités d’observation au cours de cette recherche, vont constituer notre cible principale.

Cette population d’étude de vingt-cinq personnes n’est pas vaste. Il est faible parce que les apprenants non-voyants intégrés dans les établissements scolaires de la ville de Yaoundé dans lesquels l’on pratique l’informatique ne sont pas nombreux. La répartition de ces élèves dans les établissements ordinaires de la ville de Yaoundé se présente ainsi dans le tableau suivant :  :

Le tableau suivant présente davantage cet échantillon :

Tableau I : Répartition de l’effectif des élèves déficients visuels dans les établissements scolaires secondaires de la ville de Yaoundé

Etablissement scolaire

Effectifs des élèves déficients visuels

Effectifs des élèves Non-voyants

Différents niveau d’étude des apprenants NV

 

 

Pour que les résultats de notre enquête soient objectifs, il va falloir que l’échantillon soit représentatif. On y parvient par la technique appelée échantillonnage.

 

 

 

III-3 L’échantillonnage

L’opération d’échantillonnage ou de sondage est la technique de sélection de la taille de l’échantillon. Les NV intégrés en milieu scolaire inclusif dans la ville de Yaoundé n’ayant pas un effectif élevé, nous avons, avec le concours de l’ANAUMIC et par nos recherches personnelles, fait le tour des établissements qui intègrent les NV. A l’issue de ce dénombrement, nous avons retenu 20 élèves du secondaire dans les établissements où l’informatique est pratiquée. Cela veut dire clairement que la technique de l’échantillonnage qui a été utilisée est l’échantillonnage ciblé. Cette technique permet ainsi au chercheur d’opérer un choix parmi plusieurs possibilités offertes, un certain nombre d’éléments à observer, en fonction de certain critères et des besoins de l’enquête.

Cette procédure nous a donc permis dans un premier temps, de spécifier les différents établissements fréquentés par les déficients visuels. Dans un second temps, il était question de vérifier si effectivement les élèves déficients visuels faisait aussi les cours d’informatique, s’il existait des sales appropriées ou destinées à cet apprentissage.

A la fin de cette opération de choix, nous avons retenu 05 établissements scolaires secondaires dans la ville de Yaoundé. Il s’agit du Lycée d’Enguissa, du Lycée de Nko Letong, du Collège Adventiste et du Collège de la Retraite. Il est tout de même important de préciser que d’un établissement à l’autre, nous avons relevé quelques disparités, notamment l’existence des salles appropriées dans certains et non partout. De même, les enseignants d’informatique pour déficients visuels n’étaient pas toujours formés à cet effet.

 

III-4 les instruments de collecte des données

Pour cette étude de cas, nous avons fait recours à deux principaux instruments d’enquête. Il s’agit de la technique vivante employées pour obtenir des données sur le terrain en direct, et la technique morte qui consiste à faire recous aux documents.

L’observation directe

En procédant à ‘utilisation de cet instrument, nous nous sommes rapproché de nos unités d’observation. Cela nous a permis d’être plus proche d’eux, et favorisant ainsi le vécu direct de tout ce qui entoure l’enseignement des TIC à ces derniers. Cette observation directe nous a également permis de nous imprégner du matériel informatique adapté et d’en savoir un peu plus sur son fonctionnement. Les attitudes et comportements des enseignants nous ont, à travers l’observation directe, permis d’apprécier directement la prise en compte des élèves déficients visuels.

L’interview.

Cet instrument nous a permis de combler les insuffisances de l’observation direct et documentaire. Encore appelé entretiens, les interviews nous ont données la possibilité d’entrer en conversation directement et vivement avec nos enquêtés, qui nous ont du reste fait comprendre de façon détaillée leur rapport l’enseignement de l’informatique adaptée à la déficience visuelle.

Cet exercice s’est matérialisé par l’usage de deux guides d’entretiens. Un premier guide (cf. annexe 1) soumis à l’attention des enseignants d’informatique, et le second (cf. annexe 2) à l’attention des élèves déficients visuels. Le guide d’entretien comportait un ensemble d’idée regroupée en deux grands items : l’item I pour l’identification de l’enquêté et l’item II pour les connaissances en informatique adaptée. Les données récoltées à l’issue de ces interéchanges entre nos enquêtés et nous nous ont mené en profondeur dans les méandres de l’approche pédagogique spécialisée mise en œuvre par les enseignants, des différents comportements des apprenants face à la discipline informatique, et enfin du regard des autres enseignants vis-à-vis de l’informatique pour déficients visuels.

L’observation documentaire

Pour terminer, le recours à l’observation documentaire nous a été d’une utilité incontournable. A travers nos lectures, nous avons exploré le champ de notre étude, afin de caler sa thématique. Outre cela, il s’est agit pour nous d’en savoir, à travers les documents consultés, un peu plus sur la vie studieuse des aveugles. Cela a été un moyen efficace pour l’accès à la culture de ce que nous avons qualifié « la vie studieuse des aveugles ». C’est dans cette perspective que nous nous sommes rendus tour à tour à la bibliothèque de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé I (ENS) ; à la bibliothèque du Centre Culturel Français à Yaoundé (CCF) ; sans oublier le recours constant à Internet. L’utilisation de ce dernier moyen nous a été d’un apport capital au regard de la nature peu connu de notre thème de recherche.

 

Etablissement Scolaire

 

 

 

Nombres d’élèves DV

Niveau scolaire

Utilisation de l’informatique adaptée

 

 

Arrivé au terme de ce chapitre où il était question de parler de la définition des expressions et de la présentation du cadre théorique, nous réalisons que cette étude revêt plusieurs caractères. Les expressions aussi bien générales que spécialisées ont fait l’objet d’une attention particulière afin de rendre contextuel les informations contenues dans ce travail. Il a aussi été question de faire recours aux auteurs ayant abordé les théories scientifiques dans le cadre de l’éducation, de la pédagogie et de l’informatique, ce qui va permettre d’orienter notre démarche. Par ailleurs, nous avons présenté dans le présent chapitre, toutes les approches méthodologiques utilisées au cours de l’étude. Ainsi, l’observation directe, l’interview et la recherche documentaire, sont les principales techniques qui nous ont permis de récolter nos diverses données. La suite du travail sera portée sur une esquisse de la présentation, analyse et interprétation des résultats.


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